24/10/2001

“Malais” ou “Malaisien” ?

Dans un pays pour moitié composé de communautés non-musulmanes, les récentes déclarations du Premier ministre malaisien ont de quoi inquiéter.

Pour Mahathir Mohamad, Premier ministre malaisien, pas de doute : la Malaisie est un pays islamique. Dans cette société composée pour moitié de minorités de confessions diverses et pour l’autre de musulmans, cette déclaration faite le 28 septembre a fait l’effet d’une bombe. L’Etat, de tradition musulmane, allait-il perdre son caractère pluraliste au profit de la loi islamique ?

“La Malaisie n’est pas un état théocratique”

Qu’on se rassure : l’intervention malheureuse du Premier ministre ne devrait pas engendrer de modification de la Constitution. Il l’a confirmé lui-même, le 20 octobre, lors d’un séminaire organisé par une branche de son propre parti, le Barisan Nasional. Pour le quotidien malaisien “The Star”, l’homme fort du pays a en effet saisi l’occasion pour réaffirmer que “la Malaisie n’est pas un état théocratique”. La nuance est de taille dans cette société qui a connu de multiples confrontations intercommunautaires. La jalousie des Malais musulmans, à l’égard des richesses de la communauté sino-malaisienne, avait déclenché les violences raciales meurtrières de 1965 et 1969.

Plus récemment, des heurts violents avaient opposé en mars dernier des Indiens à des Malais près de la capitale, Kuala Lumpur. Le 18 octobre, les églises de Segamat et Sungai Petani, au sud de la péninsule, ont été vandalisées, comme le rapportait le “Harakah Daily” quelques jours plus tard. Suite à ces événements, des partis politiques islamiques ont “appelé les citoyens malaisiens au calme et à éviter de réagir à ces attaques criminelles”.

Harmonie précaire

Tout en se réclamant de religions particulières, les partis politiques du pays ne laissent pas de place aux extrémismes ou à l’intolérance. Sur le site du Barisan Nasional, on peut ainsi lire que “les objectifs du parti sont de maintenir l’islam comme religion de la fédération, mais aussi de faire en sorte que toute religion puisse être pratiquée dans la paix et l’harmonie”.

La vie politique malaisienne refuse de confondre religion et Etat. Mais si l’on prête une oreille attentive aux déclarations officielles, on s’aperçoit que l’harmonie de la Malaisie est précaire. Le “New Straits Times”, se souvient des déclarations du vice-Premier ministre Abdullah Ahmad Badawi, pour qui “les Malais n’avaient autrefois que le désir de préserver leur race. Maintenant ils commencent à parler de sa gloire et de son excellence.”

L’ancien ministre des Finances, Mustapa Mohamed, a par ailleurs affirmé, selon le “Daily Express”, que “la domination économique des Malais assurerait le respect de certaines obligations religieuses de l’islam”. L’assurance prise par les Malayo-musulmans ou Malais, ne laisse pas d’inquiéter les autres communautés du pays. D’autant que le soutien affirmé par la Malaisie, lors du sommet de l’Asia Pacific Economic Cooperation (APEC) de Shanghai, à la campagne antiterroriste des Etats-Unis, pourrait être mal interprété par les Malais.